Laboratoire à idées et boîte à outils

Comprendre les limites d'un système pour en étendre ses possibilités

Axes critiques de la démocratie en Amérique de Tocqueville

     À la lecture De la démocratie en Amérique, il n’est pas évident de distinguer s’il s’agit d’une critique de la démocratie de la part de Tocqueville ou s’il pense que l’avancée et la propagation de celle-ci est une bonne chose. Il semble y avoir une ambivalence. Bien que l’idée abstraite de l’égalité à plusieurs niveaux semble au premier abord régler plusieurs problèmes sociétaux, elle est difficile à réaliser de manière absolue et concrète.

Nous allons voir que l’égalité des conditions n’implique pas forcement une égalité formelle. Aussi nous verrons que le type de démocratie qu’analyse Tocqueville semble être une démocratie représentative mais qu’il en existe d’autres conceptions. Enfin nous verrons en quoi Tocqueville semble de manière frappante décrire certains traits de nos sociétés actuelles.

 

     Alors que la pensée de Marx considère que « l'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes. » Tocqueville laisse penser au moment de son analyse, que l’égalité des conditions permettrait, sur le long terme, de dissoudre les différentes classes sociales.

Le noble aura baissé dans l'échelle sociale, le roturier s'y sera élevé; l'un descend, l'autre monte. Chaque demi-siècle les rapproche, et bientôt ils vont se toucher. 

Cependant, la situation actuelle en Amérique et dans le monde en général nous montre que c’est l’opposé qui se produit. La distribution des richesses reste inégale et seule une minorité en détient la majorité. La mobilité entre les différentes catégories de la stratification sociale est limitée, plutôt que de se rejoindre, les individus des catégories opposées semble au contraire s’éloigner de plus en plus.


     La société décrite par Tocqueville et les menaces qu’elle produit semble être une démocratie représentative. Celle-ci présente en effet des limites où le seul moyen de pression qu’ont les électeurs sur leurs représentants est de ne pas les réélire. Or il existe différentes variantes de la démocratie. Lorsqu’elle est participative, la démocratie permet aux individus, comme le préconisait Tocqueville, de s’impliquer dans la politique. Les citoyens Américains peuvent se mobiliser et proposer de modifier la législation. Les citoyens Suisses peuvent, s’ils le souhaitent, contester certaines décisions du Parlement par referendum populaire. Enfin il existe d’autres solutions comme la démocratie directe ou encore la démocratie liquide qui, plus récente, semble se limiter pour l’instant au milieu informatique.


     Enfin, les analyses de Tocqueville sur l’individualisme et la démocratie sont encore très actuelles aujourd’hui. L’évolution des sociétés et les progrès techniques ont facilité le bonheur temporaire en satisfaisant l’appétit de consommer des individus et par le divertissement.

La passion du bien-être matériel est essentiellement une passion de classe moyenne; elle grandit et s’étend avec cette classe; elle devient prépondérante avec elle.

Les systèmes de communication ayant eux-aussi évolués, en laissant une grande place au numérique, accentuent l’individualisme et l’opinion majoritaire. L’information corrompu se propage facilement et le faux se mêle au vrai.

 

     On peut conclure que certaines problématiques comme l’application de l’égalité ne semblent toujours pas avoir trouvé de solution. Si la pertinence de l’analyse de Tocqueville est frappante, il faut souligner qu’elle s’appuie sur une démocratie représentative. Tocqueville en a vu les dérives et les excès possible, on les observe encore aujourd’hui dans nos sociétés.

 

À noter que ces axes critiques seront développés dans de prochains articles.

N.L. 

blog comments powered by Disqus