Laboratoire à idées et boîte à outils

Comprendre les limites d'un système pour en étendre ses possibilités

LA RÉPUBLIQUE DE PLATON

Dans La république, Platon fait l’apologie de l’aristocratie comme type de régime politique. Les plus aptes à gouverner dans ce régime sont les philosophes qui en associant pouvoir et sagesse, seraient en mesure selon lui, de le maintenir stable en appliquant au mieux le principe de justice. En opposition aux autres régimes qu’il définit, qui sont la timocratie (fondé sur l’honneur), l’oligarchie (possession des richesses), la démocratie (égalité des riches et des pauvres) et la tyrannie (fondé sur le désir), l’aristocratie serait le régime le plus stable. En effet, pour Platon les autres régimes se succèdent inévitablement pour aboutir à la tyrannie. Il faut donc un régime stable afin d’éviter de basculer d’un régime à l’autre et empêcher cette régression.

Selon Platon, la cité idéale est hiérarchisée et organisée en trois classes distinctes.

La première, celle des dirigeants ou gouvernants regroupe ce qu’il appelle les philosophes-rois. Ce sont eux qui détiennent le pouvoir et ils utilisent la raison et leur sagesse pour gouverner. La deuxième est celle des guerriers, choisis parmi les gardiens, qui ont pour responsabilité de défendre la cité et de stabiliser ses trois parties mais aussi de modérer les désirs de la classe suivante. La troisième classe quant à elle est la classe du peuple. Ce sont eux, les producteurs, qui assurent la subsistance de la cité et sa vie économique.

Platon conçoit la justice comme la vertu la plus haute et selon laquelle tout le régime politique doit reposer. Les dirigeants doivent utiliser leur pouvoir pour œuvrer dans l’intérêt général et plus précisément dans l’intérêt du plus faible [346e]. Ainsi, avec des dirigeants justes, il n’y a pas de corruption et le régime reste stable. La justice est utilisée avec la tempérance pour distribuer les rôles et les fonctions des individus (selon ce pour quoi ils naturellement faits, ils doivent remplir leur rôle et ne jamais en sortir) et pour définir la relation entre les classes mais aussi entre les parties de l’âme (raison, émotion et désir) donc à un niveau individuel également.

La propriété est abolie pour les gardiens afin maintenir l’ordre et l’harmonie [543b]. Tout est commun, que ce soit les biens, les femmes et les enfants ou l’éducation [543a]. Ceci est nécessaire pour les gouvernants afin de maintenir un bon rapport avec les classes subordonnées, les producteurs, qui contribuent à la mise en commun des biens produits en échange de la protection des guerriers. Il est aussi important de tempérer les désirs du peuple pour maintenir le régime stable, ils ont donc accès a la propriété privée.

Dans La république, selon Platon la justice telle qu’il la conçoit dans la forme de cité idéale qu’il défend ne repose pas sur l’égalité mais sur l’aptitude des gouvernants à diriger de par leur sagesse leurs connaissances et leur rationalisme. Or, au temps de Périclès, la justice se présente dans un régime démocratique égalitaire et favorisant ainsi le peuple. Comme chaque citoyen était libre et pouvait avoir une opinion, il pouvait y avoir parmi ces citoyens des dissidents et la gouvernance pouvait être remise en question. La versatilité des citoyens, pour Périclès, est la force d’Athènes. Le régime aristocratique de Platon qui concentre le pouvoir du côté des philosophes, qui sont les seuls aptes à gouverner selon lui, permet de contrôler ces différentes opinions du peuple par opposition à la Vérité et l’expertise des philosophes. C’est donc l’égalité qui octroie trop de liberté au peuple qui est l’aspect le plus important de cette opposition. Platon s’y oppose par la connaissance rationnelle et sa protection par la censure notamment avec les poètes pour lesquelles il conçoit qu’il faut établir des règles d’écriture. 

Tel qu’indiqué précédemment, l’exercice de la justice selon Platon doit reposer avant tout sur de véritables connaissances. Les réflexions doivent se baser sur des connaissances établies, non pas par des croyances, mais par la raison. Céphale, avec qui Socrate discute dans le livre 1, représente l’exemple typique du traditionnel dans ses propos où ses croyances proviennent de la mythologie. Il semble soucieux de respecter les rites par crainte de la justice des dieux. Thrasymaque représente plutôt le courant sophiste et naturaliste. La transition se fait par le passage de la représentation de la justice par les mythes à la loi de la nature et donc une justice qui avantage le plus fort. Il y a ainsi une évolution et une progression par la rupture avec le traditionnel et la mythologie qui est nécessaire pour faire place au rationalisme. En effet, selon Socrate la morale conventionnelle doit être remplacée par le nouveau rationalisme. Cependant, le relativisme de Thrasymaque ne permet pas encore d’aboutir à la tempérance, la raison et la connaissance nécessaire pour exercer la justice telle que la conçoit Platon.